[Forum] Les métiers du livre : crises et coopérations [2/3]

forum métiers du livreDeux jours de conférences, débats et ateliers forts enrichissants que je vais pouvoir partager avec vous.

L’article [1/3] vous donnait 3 grandes raisons de participer à ce type de forum. Rentrons maintenant dans le vif du sujet…

Ce Forum des métiers du livre et de la lecture en Pays de la Loire est organisé par l’association Mobilis, « pôle régional de coopération des acteurs du livre et de la lecture en Pays de la Loire ». Cette année, il avait lieu sur le site yonnais de l’Université de Nantes, que je connais bien puisque j’y ai passé mon DUT information et communication, option métiers du livre, il y a quelques années. Les nouveaux étudiants prenants en charge une partie de la logistique de l’événement nous ont d’ailleurs enchanté par des lectures tirées du recueil Lire est le propre de l’homme (publié chez l’école des Loisirs), illustrant parfaitement les propos de l’intervenant.

JOUR 1 : identifier des problématiques et proposer des solutions

La première journée de ce forum fut consacrée au rôle du bibliothécaire et de son établissement dans la vie publique alors que des problématiques fortes troublent la société : La bibliothèque dans la cité en temps de crise.

« Conférence-débat : la bibliothèque comme institution politique, entre démocratie et république ? » avec le sociologue Denis Merklen

Saviez-vous qu’en France des bibliothèques ont été – et sont encore – victimes de dégradations et incendies volontaires ? Le sociologue Denis Merklen en a recensé 70 entre 1996 et 2013 mais soupçonne qu’il y en ait bien plus. Je suis surprise de constater l’ampleur de ce phénomène alors que je n’en ai quasiment jamais entendu parler auparavant. De facto, le professeur Merklen nous apprend que les incendies sont généralement suivis d’un silence presque total. Du côté des médias comme des élus on ne fait que constater et qualifier d’inacceptables ces actes odieux. Les bibliothécaires en parlent un peu entre eux comme les habitants du quartier. Mais aucun débat n’a lieu dans l’espace public qui semble incapable d’accueillir cette problématique pourtant politique.

Pour notre conférencier, les incendies ne peuvent pas se justifier par l’absence d’accès à la lecture ou à la culture puisque l’école est déjà là, contrairement à ce que suggérait le poème « A qui la faute » de Victor Hugo, à une époque ou l’éducation n’était pas encore obligatoire pour tous. Alors quel message peut bien se cacher derrière l’incendie d’une bibliothèque ? Pourquoi brûle-t-on des bibliothèques ? Que représente la bibliothèque pour eux ?

Il s’agit donc bien de politique. La bibliothèque étant une institution elle dépend beaucoup, en plus de ses bibliothécaires, des élus de la municipalité. Elle est donc une représentation politique, le symbole d’un gouvernement contre lequel on peut protester voire se révolter. Ce n’est pas un hasard si les bibliothèques sont visées. C’est un signe qu’une fraction des classes populaires se sent à l’écart du débat politique et questionne la place des bibliothèques dans l’environnement public. La bibliothèque est-elle dans le camp du segment oublié de la société ou dans celui du gouvernement ?

Selon Denis Merklen, cette partie « oubliée » de la population pourrait être associé à la culture hip-hop qui a une place considérable en France. En effet, ce mouvement tourne en grande partie autour du malaise que les classes populaires peuvent ressentir.

Depuis les émeutes de 2005 ont peut observer une évolution de la place que prend ce débat. « Un segment de la population a signalé son existence et il y a eut tout d’abord une volonté de réinscrire cette zone d’oubli dans l’espace public, république». Dix ans après, les attentats de Charlie Hebdo ont relancé les débats. Les bibliothèques prennent de nouvelles initiatives, plus de 150 manifestations diverses ont été répertoriées sur le territoire à la suite des attentats, mais elles s’exposent également au jugement. Alors, comment renouer le dialogue entre la bibliothèque et les classes populaires. Comment intégrer et valoriser cette culture hip-hop au cœur de la bibliothèque ?

Ce fut une conférence riche en information qui soulève de nombreuses problématiques pour le métier de bibliothécaire et qui introduit parfaitement les ateliers-réflexions de l’après-midi.

Pour ma part, je relève et note dans un coin de mon cahier que ces problématiques touchent encore une fois des questions politiques de fond : tel que pourquoi ne sommes nous pas, dès le plus jeune âge, plus impliquer dans la vie politique de notre société ? Ou bien pourquoi accordons nous un rôle quasi exclusif à l’école pour jouer l’avenir des enfants ?

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A propos Leaz

Libraire multi-fonction, déjà séduite par les trésors de la littérature jeunesse, j'adore y dénicher ses perles francophones; je découvre aussi les charmes du 9e art et en curieuse invétérée ne peux m'empêcher d'explorer les vertus de la bibliothérapie et autres activités biblio-ludique.
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