LA RELECTURE#2 – [Relire en VO] Le Passeur / The Giver by Lois Lowry

Quand tu relis une œuvre dans sa version originale, tu connais déjà l’histoire et si la traduction est bonne tu reliras exactement la même histoire. Et pourtant… Pourtant, tu la savoureras autrement même si, comme moi, tu n’es pas de ceux qui aiment relire des livres. Tout simplement, parce que tu goûteras une autre langue. Parce que les mots ne résonneront pas de la même manière dans ta tête. Ils n’auront pas la même saveur sur ta langue.

MON RÉSUMÉ

le passeurPublié en 1993 dans sa version originale, Le Passeur raconte l’histoire de Jonas, un garçon de 12 ans qui vit paisiblement dans une communauté apparemment idyllique. La vie de Jonas ainsi que celle des autres citoyens est incroyablement paisible. Rien ne vient perturber ce calme, ni pauvreté, ni racisme, ni sexisme, ni pollution, ni sans-abris, ni orphelins etc. Aucune injustice. Tout semble parfaitement organisé et planifié. Dans cette société, après avoir soigneusement observer leurs aptitudes, on attribue à chaque enfant de 12 ans, une position dans la société. En général, il y a peu de surprises lors de la douzième cérémonie car les enfants ont souvent déjà trouvé leur voie lors des volontariats. Mais ce n’est pas le cas de Jonas et rien n’aurait pu le préparer au rôle que le Comité des Sages lui réserve : dépositaire de la Mémoire.

LA V.O

the giverComme dans la version française, le vocabulaire et les phrases sont très simples. The Giver est donc idéal pour ceux qui commencent tout juste à lire en anglais. Les premières phrases ci-dessous vous convaincrons certainement :

« It was almost December, and Jonas was beginning to be frightened. No. Wrong word, Jonas thought. Frightened meant that deep, sickening feeling of something terrible about to happen. Frightened was the way he had felt a year ago when an unidentified aircraft had overflown the community twice. He had seen it both times. »

Personnellement, j’ai une préférence pour le titre en français.
Le Passeur, cest plus poétique, non ?

MA RELECTURE

Ma relecture de Le Passeur en anglais, m’a permis d’identifier et d’analyser plus en profondeur ce que j’avais déjà apprécié dans une première lecture. Ainsi, j’ai réalisé à quel point ce livre pourtant bouleversant était facile à lire. Les phrases de Lois Lowry sont d’une simplicité étonnante. Elle utilise des mots ordinaires mais qui sonnent juste. Chaque détail, chaque description de l’univers qu’elle a créé donne une signification plus profonde à son histoire.

« La petite fille hocha la tête et regarda sa veste, avec ses rangées de gros boutons qui faisaient d’elle une sept-ans. Les autre, cinq et six-ans portaient tous des vestes fermant dans le dos de façon à devoir s’entraider pour d’habiller et à apprendre ainsi l’interdépendance. »

« Un jour, lorsqu’il était un quatre ans, il avait dit, juste avant le repas de midi à l’école : « Je meurs de faim. » On l’avait immédiatement pris à part pour un petit entretien en précision du langage. Il ne mourrait pas de faim, n’était jamais mort de faim et ne mourrait jamais de faim dans la communauté. Dire qu’il mourrait de faim était un mensonge. Un mensonge involontaire, bien sûr. Mais la précision du langage permettait de s’assurer que personne ne dise jamais de mensonges involontaires. »

Rien n’est anodin mais tout est dit très simplement. C’est ce qu’on appelle aller à l’essentiel, comme le dit très bien Pumpkinbean dans sa chronique sur Le Passeur : « C’est écrit de façon simple, sans élucubrations ni hyperboles. Les phrases sont courtes, l’auteur va à l’essentiel et c’est ce qui fait que l’on est pris par l’intrigue du début à la fin. »

MON REGARD D’ADULTE

L’âge des personnages n’est pas un hasard non plus. Vous l’aurez sans doute remarqué, beaucoup de livres pour la jeunesse ont pour héros un enfant de 12 ou 13 ans. Il ne s’agit pas simplement de pouvoir s’identifier au lecteur mais bien d’un âge clé. C’est le début de l’adolescence. Or, dans The Giver, c’est à cet âge précis que l’enfant reçoit sa fonction future, autrement dit, sa place dans la société. Plus que le simple apprentissage d’un métier, c’est l’apprentissage de la vie qui commence pour Jonas. Car, notre héros, lui, sera Dépositaire de la Mémoire. Son mentor lui transmet la mémoire de son peuple. Un symbole fort de l’entrée dans le monde adulte car notre héros prend maintenant connaissance de beaucoup de choses : horreurs de la guerre, douleur du monde. Eh oui, devenir adulte c’est aussi faire face à la dure réalité de la vie et on est jamais vraiment prêt. « He wanted his childhood again ».

Jonas va également se confronter pour la première fois à la mort dont la réalité lui apparaissait jusqu’alors déguisé en un simple départ vers l’Ailleurs. C’est également à ce moment là que le jeune garçon découvre le mensonge et la possibilité que des adultes lui aient déjà mentis et continuent de lui mentir. La désillusion totale. Mais bon, nous aussi on a cru au Père Noël, non ?

« Après avoir lu ce livre on se dit que le monde dans lequel on vit n’est pas si mal » disent certaines chroniques. Certes, notre monde n’est pas aussi extrême que celui dans lequel Jonas vit. Nous avons le droit d’exercer notre libre-arbitre, de ressentir du désir, du plaisir, du bonheur et de l’amour. Bref, on est libres d’être pleinement humains.

Mais je crois qu’on a pas mal de leçons à tirer de ce roman car Lois Lowry n’est pas allée chercher son imagination n’importe où. Comme beaucoup d’auteur de science-fiction et autres romans d’anticipation, elle s’est inspirée de ce qu’il y avait autour d’elle ! Lois Lowry a ainsi décidé de se débarrasser des problèmes : de la pauvreté, des crimes, de l’injustice, etc. Toutes les inégalité qui existent dans notre société ont disparu dans Le Passeur. Tout aussi totalitaire qu’est la société dans laquelle Jonas vit, c’est d’abord un monde utopique dans lequel le lecteur aimerait bien vivre (jusqu’à ce qu’il découvre ce que cela cache).

A mes yeux, ce monde utopique (finalement dystopique) qu’elle a créé n’est en fait qu’un miroir déformant de notre propre société, dénonçant ces défauts tout en mettant l’accent sur ce qui fait de nous des êtres humains (libre-arbitre, amour, relations sociales, émotions).

EN CONCLUSION

« She throws her characters and readers in thought-provoking situation » peut ont lire à propos de l’auteure, dans l’avant-propos de l’édition anglaise. « Elle projette ses personnages et ses lecteurs dans des situations qui pousse à la réflexion. » On ne peut plus vrai ! Le Passeur est un roman qui offre de nombreuses pistes de réflexions philosophiques : le rôle de la mémoire et des souvenirs ; le mensonge et la vérité ; la liberté ; la vie en communauté ; l’indépendance et l’interdépendance ; la vie et la mort ; les choix ; Bref, le sens de la vie. C’est pourquoi, sa re-lecture est un exercice riche malgré la simplicité de l’écriture.

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A propos Leaz

Libraire multi-fonction, déjà séduite par les trésors de la littérature jeunesse, j'adore y dénicher ses perles francophones; je découvre aussi les charmes du 9e art et en curieuse invétérée ne peux m'empêcher d'explorer les vertus de la bibliothérapie et autres activités biblio-ludique.
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2 commentaires pour LA RELECTURE#2 – [Relire en VO] Le Passeur / The Giver by Lois Lowry

  1. Je suis entièrement d’accord avec toi. je n’ai pas vu le film adapté. Je ne pense pas que le film soit utile. Mais le roman…Une merveille. Je ne savais même pas qu’il y avait quatre tomes en tout. J’en ai lu deux et il m’en reste un.

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